Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/90

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– Mais comment de si fins courants se tromperaient-ils au point de prendre les fumées d’un daim pour celles d’un loup ?

– Cela me regarde, répondit la voix ; seulement, ne perds pas de temps, ou les chiens seront ici avant que tu sois à l’étable ; ce qui serait désagréable, non pas pour moi, qu’ils ne trouveraient pas, mais pour toi, qu’ils trouveraient.

Thibault ne se le fit pas dire deux fois.

Il courut à l’étable.

Il détacha aussitôt le daim, qui, poussé comme par un ressort, s’élança hors de la maison, en fit le tour, croisant la voie du loup, et s’enfonça dans les taillis de Baisemont.

Les chiens n’étaient plus qu’à cent pas de la cabane.

Thibault écouta leurs abois avec anxiété.

Toute la meute vint rabâcher à la porte.

Puis, tout à coup, deux ou trois voix retentirent, s’éloignant du côté de Baisemont, et enlevèrent toute la meute.

Les chiens avaient pris le change.

Ils étaient partis sur la piste du daim.

Ils avaient abandonné celle du loup.

Thibault respira à pleine poitrine.

Voyant la meute s’éloigner de plus en plus, il rentra dans sa chambre au bruit d’un joyeux bien-aller que sonnait le baron à pleine trompe.

Le loup noir était tranquillement couché à la même place, et l’on ne voyait pas plus par où il était rentré que l’on n’avait pu voir par où il était sorti.