Page:Dumas - Une Année à Florence.djvu/47

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lorsque frère Jean-Baptiste, désigné par son général au pape, reçut de Sa Sainteté l’ordre de se rendre au Carmel, et de voir dans quel état les infidèles avaient mis la sainte hôtellerie de Dieu, et quels étaient les moyens de la réédifier.

Le moment était mal choisi. Abdallah-Pacha commandait pour la Porte, et ce ministre du sultan portait une haine profonde aux Chrétiens ; cette haine s’augmenta encore de la révolte des Grecs. Abdallah écrivit au sublime empereur, que le couvent du Carmel pourrait servir de forteresse à ses ennemis, et demanda la permission de le détruire ; elle lui fut facilement accordée. Abdallah fit miner le monastère, et l’envoyé de Rome vit sauter les derniers débris de l’édifice qu’il était appelé à reconstruire. Cela se passait en 1821. Il n’y avait plus rien à faire au Carmel, le frère Jean-Baptiste revint à Rome.

Cependant il n’avait point renoncé à son projet. En 1826, il partit pour Constantinople, et grâce au crédit de la France et aux instances de l’ambassadeur, il obtint de Mahmoud un firman qui autorisait la reconstruction du monastère. Il revint alors à Kaïffa et trouva le dernier moine mort.

Alors il gravit tout seul la montagne sainte, s’assit sur un débris de colonne Bysantine, et là, son crayon à la main, architecte élu pour la maison du Seigneur, il fit le plan d’un nouveau couvent plus magnifique qu’aucun de ceux qui avaient jamais existé, et après ce plan le devis. Le devis montait à 250,000 fr. ; puis enfin, le devis arrêté, l’architecte miraculeux, qui bâtissait ainsi avec la pensée sans s’occuper de l’exécution, alla à la première maison venue demander un morceau de pain pour son repas du soir.

Le lendemain, il commença à s’occuper de trouver les 250,000 fr. nécessaires à l’accomplissement de son œuvre sainte.

La première chose à laquelle il pensa fut de créer un revenu à la communauté qui n’existait point encore. Il avait remarqué, à cinq heures de distance du Carmel et à trois heures de Nazareth, deux moulins à eau abandonnés, soit par les suites de la guerre, soit parce que l’eau qui les faisait mouvoir s’était détournée. Il chercha si bien qu’à une lieue de là il trouva une source que, par le moyen d’un