Page:Dunant - Un souvenir de Solférino, 1862.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cachés dans des fossés, dans des sillons, ou masqués par des buissons ou des accidents de terrain, n’ont été aperçus que beaucoup plus tard ; ils répandaient, ainsi que les chevaux qui avaient péri, des émanations fétides.

Dans l’armée française, pour reconnaître et enterrer les morts, un certain nombre de soldats sont désignés par compagnie ; à l’ordinaire ceux d’un même corps relèvent leurs compagnons d’armes ; ils prennent le numéro de matricule des effets de l’homme tué, puis aidés dans ce pénible devoir par des paysans lombards, payés pour cela, ils déposent son cadavre avec ses vêtements dans une fosse commune. Malheureusement dans la précipitation qu’entraîne cette corvée, et à cause de l’incurie ou de la grossière négligence de quelques-uns de ces paysans, tout porte à croire que plus d’un vivant aura été enterré avec les morts. Les décorations, l’argent, la montre, les lettres et les papiers recueillis sur les officiers sont plus tard envoyés à leurs familles ; mais avec une pareille masse de corps à ensevelir, il n’est pas toujours possible de remplir fidèlement cette tâche.


Un fils idole de ses parents, élevé et soigné pendant de longues années par une tendre mère qui s’effrayait à sa moindre indisposition ; un brillant officier chéri de sa famille, qui a laissé chez lui sa femme et ses enfants ; un jeune soldat qui, pour entrer en campagne, a quitté sa fiancée et presque toujours sa mère, des sœurs, son vieux père, le voilà étendu dans la boue, dans la poussière et