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PIERRE ET AMÉLIE.

plaine tantôt calme ou irritée du Saint Laurent, filer les navires arrivant d’outre mer ou laissant le port de Québec ; ici, aux flancs des rochers la chèvre suspendue paître près des buissons, ou les brebis, en prenant leur joyeux ébats, brouter l’herbe tendre sur la pente du coteau ; c’est, dis-je dans ces lieux enchanteurs que Pierre et Amélie venaient respirer les parfums de l’air, ouïr les murmures de la fontaine en faisant jaillir comme deux cygnes, en gouttelettes de rosée, l’onde du bassin sur le feuillage et le gazon d’alentour ; je dis comme deux cygnes, car leur beauté, qui, tous les jours, semblait s’enrichir de quelques nouveaux charmes, égalait bien celle de ses oiseaux aux chants harmonieux.

Amélie était dans sa treizième année ; sa taille était souple et élancée ; son corset laissait déjà voir de légères ondulations ; la cire est moins blanche qu’étaient ses épaules grasses et arrondies ; de longs cheveux blonds flottaient en touffes dorées sur son cou ou se déroulaient légers chaque coté de ses joues où souriaient les roses de son printemps. L’humidité de ses beaux yeux bleus contrastait singulièrement avec le sourire habituel de ses lèvres et décelait à la fois l’innocence et le contentement de son âme en lui donnant un certain air de mélancolie. Quand elle dansait avec son frère, nu pieds sur la mousse verte du bocage, on aurait dit la fille de Latone, conduisant le chœur des grâces dans les vallons sacrés de l’ancienne Grèce.

Pierre était d’une complexion plus forte qu’un jeune homme de seize ans sur les bancs d’un collège ; sa taille