Page:Duquet - Pierre et Amélie, 1866.djvu/26

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
27
PIERRE ET AMÉLIE.

tourterelle sur le toit de notre cabane, je crois t’entendre pleurer ; je me lève, je tremble, je soupire, je respire à peine ; à la faveur d’un rayon tremblant, de la lune, je m’approche de ta couche, je regarde, je te vois sourire ; mon cœur bondit de joie ; je me dis : elle songe à moi mon Amélie ; puis je t’embrasse doucement sur la joue, et m’en retourne dormir plus paisiblement. »

« Pierre, — répondait Amélie, en passant ses mains fraîches et mignonnes dans les boucles noires de ses cheveux, et lui appliquant un baiser sur le front — Pierre, mon tendre Pierre, le poisson pourra vivre hors de l’eau avant que mon cœur cesse de t’aimer ; tu es mon support, tu es ma vie, tu es tout pour moi ; je suis semblable à la vigne enlacée à l’ormeau ; ton cœur est mon cœur ; ton âme est mon âme ; si tu pleures, je ne puis rire ; si tu chantes, je ne puis pleurer ; suis-je triste, tu me parles et mes petits chagrins s’évanouissent comme la brume sous le souffle d’un vent fort. »

Tels étaient les entretiens naïfs de ces deux enfants de la solitude, telle était la continuelle harmonie qui régnait entre ces amants de la ferme. Mais une heure vient, et elle vient vite cette heure ; où, disant un éternel adieu aux songes dorés et aux innocents plaisirs de l’enfance, il faut abandonner la plage riante de nos premières années ; il faut laisser le port, où l’innocence nous abritait de son aile, et s’embarquer sur une mer orageuse remplie d’écueils, où la mort brandit son sceptre destructeur ; mais soyons courageux et diligents ; que notre œil ne