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PIERRE ET AMÉLIE.

s’abandonne pas au sommeil, et nous aborderons au port désiré.

L’heure d’Amélie avait sonnée ; il ne lui fallait plus à elle, ni les jeux, ni les chants, ni les divertissants et joyeux propos, mais l’ombrage et la solitude des bois ; une profonde langueur ternissait les roses de son teint ; sa démarche était chancelante, sa voix tremblait sous les coups redoublés de son cœur, ses yeux troublés n’osaient se fixer sur Pierre, qu’elle fuyait sans le vouloir, et sans en pouvoir imaginer la cause.

Pierre qui ne comprenait rien aux changements subits que la nature venait d’opérer dans Amélie, la suppliait par les mots les plus tendres de revenir à lui ; « Amélie, disait-il, ma chère Amélie, pourquoi me fuis-tu ? que t’ai-je donc fait pour que tu ne veuilles plus me voir ? dis le moi, et je veux à l’instant te demander mille pardons ; tu me pardonneras bien, n’est-ce pas,… mais tu ne veux répondre ; ah ! je crois que tu ne… hélas ! qu’allais-je dire ? oui tu m’aimes encore ton cœur ne peut tromper ; mais, je le vois, tu me caches quelques chose ; pourquoi cette tristesse, pourquoi cette pâleur qui couvre ton visage, pourquoi ces larmes dans tes yeux ? ah ! ne pleure pas, je t’en supplie, tes pleurs font plus de mal à mon cœur que la grêle, au froment mûri ; tiens, mange ces poires, ces pommes, ce gâteau ; ils te feront peut-être quelque bien ; prends ces pervenches ; je sais bien que tu aimes, le parfum de ces jolies fleurs, et je me suis empressé de t’en faire un bouquet. » « Pierre, Pierre, disait Amélie, en tombant dans les bras de son amant, que tu es bon !