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PIERRE ET AMÉLIE.

murmure quelques paroles, c’était sans doute le nom de Pierre, et elle s’endort pour l’éternité.

Cependant le père Garnier, qu’une mission lointaine avait retardé, arrive tout haletant de fatigues, le corps couvert de sueur et de poussière ; personne accourt au devant de lui, il en est étonné ; « ils dorment ces bons enfants, se disait-il à lui même, ils ne m’attendent plus ; » il touche à la cabane, il entre, son pied heurte les débris d’une porte ; l’incendie, par un miracle de la providence, s’était soudainement éteint, une profonde obscurité régnait dans la chaumière, le saint père appelle à haute voix, personne ne lui répond ; il allait sortir pour allumer un flambeau quand un rayon de la lune, s’échappant des flancs d’un nuage, vient introduire le jour dans la cabane. À l’horreur du spectacle qui s’offre à sa vue, le saint père ne peut retenir ses larmes, et tombant à genoux, il redit, avec l’accent de la plus profonde tristesse, ces paroles du roi prophète : « Seigneur, écoutez ma voix, et que vos oreilles se rendent attentive à ma prière. Donnez-leur Seigneur le repos éternel. »

À peine le saint missionnaire eût-il prononcé ces mots que, voulant dérober les dépouilles de ces malheureux à la fureur des Iroquois, qui pouvaient revenir à toutes minutes, il jugea qu’il était à propos de les enfouir sous l’argile, dernière demeure des mortels ; alors, mû par les sentiments sublimes de la religion, oubliant les fatigues dont il était accablé, il creusa au fond du ravin où vous m’avez vu en arrivant ici, une large fosse, et plus d’une