Page:Durkheim - De la division du travail social.djvu/363

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tume ou la loi, cette classification traditionnelle des citoyens eût été vite bouleversée. La preuve, c’est que ce bouleversement se produit en effet dès que cette discordance éclate. La rigidité des cadres sociaux ne fait donc qu’exprimer la manière immuable dont se distribuaient alors les aptitudes, et cette immutabilité elle-même ne peut être due qu’à l’action des lois de l’hérédité. Sans doute l’éducation, parce qu’elle se faisait tout entière dans le sein de la famille et se prolongeait tard pour les raisons que nous avons dites, en renforçait l’influence ; mais elle n’eût pu à elle seule produire de tels résultats. Car elle n’agit utilement et efficacement que si elle s’exerce dans le sens même de l’hérédité. En un mot, cette dernière n’a pu devenir une institution sociale que là où elle jouait effectivement un rôle social. En fait, nous savons que les peuples anciens avaient un sentiment très vif de ce qu’elle était. Nous n’en trouvons pas seulement la trace dans les coutumes dont nous venons de parler et dans d’autres similaires, mais il est directement exprimé dans plus d’un monument littéraire[1]. Or, il est impossible qu’une erreur aussi générale soit une simple illusion et ne corresponde à rien dans la réalité. « Tous les peuples, dit M. Ribot, ont une foi, au moins vague, à la transmission héréditaire. Il serait même possible de soutenir que celle foi a été plus vive dans les temps primitifs qu’aux époques civilisées. C’est de cette foi naturelle qu’est née l’hérédité d’institution. Il est certain que des raisons sociales, politiques, ou même des préjugés ont dû contribuer à la développer et à l’affermir ; mais il serait absurde de croire qu’on l’a inventée[2]. »

D’ailleurs, l’hérédité des professions était très souvent la règle, alors même que la loi ne l’imposait pas. Ainsi la médecine, chez les Grecs, fut d’abord cultivée par un petit nombre de familles. « Les asclépiades ou prêtres d’Esculape se disaient de la postérité de ce dieu… Hippocrate était le dix-septième

  1. Ribot, L’Hérédité, 2e édit., p. 360.
  2. Ibid., 345