Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/19

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allemand à déclarer, sur un ton catégorique, qu’il n’avait rien su de la note autrichienne avant les autres puissances et qu’il n’en partageait pas la responsabilité. Quoi qu’il ait dit, il en connaissait l’essentiel.

Non seulement il la connaissait, mais il l’avait approuvée, il s’y était, suivant le mot qui vient d’être rapporté, associé de tout cœur : il l’avait faite sienne. Il doit donc être considéré comme co-auteur d’une démarche que l’Autriche n’aurait jamais osée si elle n’avait su qu’elle serait soutenue par son puissant allié. Aussi bien, l’état d’esprit était-il aussi belliqueux à Berlin qu’à Vienne. « Tous les journaux, écrit, le 24 juillet, le chargé d’affaires russe à Berlin, accueillent avec une grande sympathie le ton énergique adopté par l’Autriche, même ceux qui reconnaissent l’impossibilité pour la Serbie d’accepter les conditions posées[1] ». « Une personnalité allemande, dit M. Cambon, m’a confié qu’on avait craint ici que la Serbie n’acceptât en bloc la note autrichienne[2] ». L’Allemagne avait même eu, dès le début, plus clairement conscience des risques auxquels elle exposait l’Europe : en Autriche, en effet, on paraît avoir cru que, suivant le mot d’un diplomate, la Russie ne « tiendrait pas le coup » et laisserait faire[3]. ; au contraire, dès le 28 juillet, dans une circulaire confidentielle, le Chancelier allemand avertissait les gouvernements confédérés que, si la Russie intervenait en faveur de la Serbie, il en résulterait une guerre européenne[4].


Attitude des Puissances. Premières tentatives de conciliation, repoussées par l’Allemagne et l’Autriche. — Dès ce moment, l’Allemagne, bien qu’elle ne soit pas directement intéressée dans la question, passe au premier plan et l’attitude qu’elle adopte est nettement intransigeante et même comminatoire.

Le 24 juillet, M. de Schoen vient exposer à M. Bienvenu-Martin, ministre intérimaire des Affaires étrangères, le point

  1. L. O., n° 7.
  2. L. J., n° 47.
  3. L. J.,s 12, 50 ; Cor. B., nos 71 et 80.
  4. L. B., n° 2.