Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/28

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Le 27 au matin, il adressait sur le même sujet une lettre au Directeur politique, où, après avoir résumé à nouveau l’entretien de la veille, il ajoutait : « Notez bien la phrase sur la solidarité des sentiments pacifiques. Ce n’est pas une phrase banale »[1].

Naturellement, le Gouvernement français refusa d’accéder à une demande qui ne pouvait qu’induire l’opinion publique en erreur ; car, à supposer que l’Allemagne partageât les sentiments pacifiques de la France, les deux Gouvernements n’entendaient pas la paix de la même manière. L’Allemagne voulait qu’on agît exclusivement sur Saint-Pétersbourg afin que le cabinet de Vienne eût les mains libres ; la France ne pouvait se prêter qu’à une action qui s’exercerait sur Vienne et sur Saint-Pétersbourg à la fois. Mais alors, pourquoi demander une manifestation publique qui était si peu d’accord avec la réalité ? Ne cherchait-on pas à faire croire que la France marchait de concert avec l’Allemagne, et cela pour compromettre le Gouvernement français vis-à-vis de la Russie et désorganiser la double alliance ? De cette manière, en même temps qu’on isolait la Russie, on se préparait, par des assurances pacifiques qui n’étaient que verbales, une sorte de prétexte pour rejeter ensuite sur les deux alliés la responsabilité de la guerre, si elle éclatait, comme il était dès lors à prévoir.


Deux nouvelles tentatives de conciliation repoussées par l’Allemagne et l’Autriche. — Tandis que, par cette démarche ambiguë, l’Allemagne ne poursuivait que des intérêts particuliers, les Puissances de la Triple-Entente, soutenues par l’Italie, s’employaient activement au maintien de la paix. Les relations diplomatiques étaient rompues, mais la guerre n’était pas déclarée ; peut-être pourrait-on arrêter le conflit avant l’ouverture des hostilités.

Dès le début, Sir Ed. Grey avait, avec une parfaite netteté, précisé la position de l’Angleterre dans le débat.

  1. L. J., n° 62.