Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/29

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Par elle-même, la guerre austro-serbe ne l’intéressait pas, et, si l’Autriche pouvait régler directement son affaire avec la Serbie, sans que la Russie intervînt, il y donnait les mains[1]. Mais il ne pouvait perdre de vue que, si la guerre entre les deux pays était déclarée, il serait impossible à la Russie d’assister indifférente à l’écrasement de la Serbie. Or, cette intervention de la Russie, en entraînant celle de l’Allemagne, menacerait la paix européenne que l’Angleterre avait tout intérêt à sauvegarder. Si la Serbie lui importait peu, la paix lui tenait à cœur. Il y avait, il est vrai, pour atteindre ce but, un moyen qui pouvait paraître très efficace : c’était de se solidariser par avance avec la Russie et la France et d’annoncer qu’en cas de guerre l’Angleterre appuierait les deux alliés. On pouvait croire, en effet, que, si l’Allemagne était assurée d’avoir contre elle la flotte britannique, elle deviendrait moins intransigeante. C’est ce que M. Sazonoff ne manqua pas de faire observer au Gouvernement anglais[2]. Cependant, Sir Ed. Grey refusa, et à plusieurs reprises, de prendre sur ce point des engagements qui le lieraient pour l’avenir. Tant que l’Autriche et la Serbie étaient seules en cause, l’opinion publique en Angleterre n’aurait pas compris que l’on s’exposât à la guerre pour une question qui n’affectait pas directement les intérêts anglais[3]. Sans doute, si le conflit se généralisait, il y avait bien des chances pour que l’Angleterre y fût entraînée ; mais son attitude dépendrait des circonstances et, pour cette raison, elle tenait à garder sa liberté. C’était faire entendre que, si la Russie prenait des mesures précipitées, l’Angleterre se désintéresserait des conséquences qui en pourraient résulter[4]. Sir Ed. Grey ajoutait encore qu’il aurait plus d’autorité pour négocier avec l’Allemagne s’il ne s’annonçait pas d’avance comme un adversaire éventuel[5].

Il était, d’ailleurs, particulièrement qualifié pour entreprendre ces négociations ; car l’absence d’obligations pré-

  1. Cor. B., n° 10.
  2. Cor. B., n° 6.
  3. Cor. B., n° 24.
  4. Cor. B., n° 17.
  5. Cor. B., n° 44.