Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/40

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de la Serbie : du moment que l’Autriche avait promis de respecter le territoire serbe, il n’y avait rien de plus à lui réclamer. Or, c’est ce que la Russie ne pouvait admettre. La paix à laquelle l’Allemagne se disait si désireuse de travailler se trouvait ainsi subordonnée à une condition qui rendait la guerre inévitable. La médiation qu’elle offrait était le contraire d’une médiation ; car le rôle d’un médiateur ne consiste pas à faire abstraction des intérêts et des revendications d’une des parties en cause. Elle parlait d’apaiser le conflit, mais en oubliant la difficulté qui en était l’origine. Elle prononçait le mot de conciliation, mais en entendant par là la soumission pure et simple d’un des deux adversaires. Nulle part, cette contradiction n’éclate avec plus d’évidence que dans deux télégrammes adressés vers ce moment par l’Empereur d’Allemagne à l’Empereur de Russie. Rentré d’une croisière le 20, Guillaume II télégraphiait, le 28, à son cousin pour lui dire qu’il allait agir à Vienne ; mais, en même temps, il déclarait avec force que les exigences de l’Autriche étaient entièrement justifiées ; et comme le Tzar, dans sa réponse, avait contesté cette assertion, Guillaume II télégraphiait à nouveau pour la maintenir ; il ajoutait impérieusement que, dans la guerre austro-serbe, la Russie devait s’en tenir au rôle de spectatrice et que, d’ailleurs, cela lui était facile[1].

Au reste, ce qui montre bien quelles étaient les dispositions réelles de l’Allemagne, c’est que, pendant les journées mêmes où se poursuivaient ces négociations, elle préparait un acte qui, s’il avait abouti, aurait immédiatement déterminé la guerre.


Premier ultimatum de l’Allemagne à la Russie. — Dès que la crise s’était ouverte, le Gouvernement russe avait dû se préoccuper des mesures militaires qui pouvaient devenir nécessaires. Le 25 juillet, à un Conseil des Ministres présidé

  1. L. B., nos 20 et 22.