Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/41

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par le Tzar, la mobilisation de treize corps d’armée, destinés à agir éventuellement contre l’Autriche, avait été envisagée. Toutefois, elle ne devait devenir effective que si l’Autriche prenait les armes contre la Serbie et après avis conforme du Ministre des Affaires étrangères[1]. Le 29 juillet, on jugea que le moment était venu. La guerre contre la Serbie était commencée depuis la veille ; de plus, l’Autriche se refusait à toute transaction comme à toute conversation ; enfin, elle avait déjà mobilisé huit corps d’armée et elle avait même commencé à masser des troupes en Galicie sur la frontière russe[2]. Il fut donc décidé qu’on mobiliserait quatre arrondissements militaires.

Cette décision fut communiquée officiellement au Gouvernement allemand dans les termes les plus amicaux : on l’assura que la Russie n’avait aucune intention agressive contre l’Allemagne[3]. L’Autriche elle-même fut avertie que la mobilisation ne devait pas être interprétée comme un acte d’hostilité, mais seulement « comme un moyen d’indiquer l’intention et les droits du Tzar d’émettre un avis dans le règlement de la question serbe ». Aussi le Gouvernement autrichien n’en prit-il pas ombrage : il y eut même, le 30, une conversation entre le comte Berchtold et M. Schebeko, l’ambassadeur russe à Vienne, où des propos très pacifiques furent échangés[4]. Nous aurons à en reparler.

Mais l’Allemagne, bien qu’elle ne fût pas menacée, prit tout autrement les choses. Dans la journée même du 29, le comte de Pourtalès alla déclarer à M. Sazonoff que, si la Russie n’arrêtait pas ses préparatifs militaires, l’armée allemande recevrait l’ordre de mobiliser ; et les événements nous apprendront que, pour l’Allemagne, mobilisation signifie guerre[5]. D’ailleurs, cette notification, dit M. Sazonoff, fut faite sur un ton qui décida « le Gouvernement russe, cette nuit même (29-30 juillet), à ordonner la mobilisation des

  1. L. J., n° 50.
  2. L. J., nos 95, 97, 101.
  3. Cor. B., n° 70.
  4. L. J., n° 104.
  5. Cf. L. B., Préf. p. 7.