Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/42

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treize corps d’armée destinés à opérer contre l’Autriche »[1]. Ainsi le Gouvernement allemand ne craignait pas de déchaîner la guerre sur l’Europe à l’occasion d’une mesure qui ne le concernait pas, qui ne visait que l’Autriche, et que l’Autriche, pourtant, acceptait sans protestation.

Et la menace fut bien près d’être exécutée. Dans la soirée du 29, un Conseil extraordinaire fut tenu à Potsdam sous la présidence de l’Empereur. Les autorités militaires y avaient été convoquées. Des décisions y furent prises qui ne furent pas rendues publiques, mais qui, certainement, n’étaient pas favorables à la paix ; car, au cours de la nuit, le Chancelier fit venir en hâte l’ambassadeur anglais, Sir E. Goschen ; et, après lui avoir exprimé la crainte que la conflagration européenne ne devînt inévitable, il offrit « une forte enchère pour s’assurer la neutralité de l’Angleterre ». Si, dit-il, la Grande-Bretagne consentait à rester à l’écart, le Gouvernement impérial était prêt à donner toutes les assurances que, en cas de victoire, il ne chercherait aucun agrandissement territorial aux dépens de la France continentale ; il se refusa, toutefois, à prendre le même engagement pour les colonies françaises. En même temps, il promit que l’Allemagne respecterait la neutralité de la Hollande, si elle était également respectée par les autres belligérants. Quant à la Belgique, « les opérations que l’Allemagne pourrait se trouver dans la nécessité d’(y) entreprendre dépendraient de ce que ferait la France » ; en tout cas, si la Belgique ne se rangeait pas contre l’Allemagne, elle serait évacuée après la guerre. Enfin, il termina en rappelant que, depuis son arrivée au pouvoir, il avait toujours eu pour but d’arriver à un accord avec l’Angleterre. « Il espérait que ces assurances pourraient devenir la base de cette entente qu’il désirait si vivement. Il pensait

  1. L. J., n° 100. — Toutefois, M. Viviani lui ayant exprimé le désir qu’aucune disposition ne fût prise qui pût offrir à l’Allemagne un prétexte pour une mobilisation générale, M. Sazonoff lui fit savoir le 30 que, dans la nuit même, l’état-major avait fait surseoir à des mesures militaires qui auraient pu prêter à l’équivoque (L. J., n° 102).