Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/44

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la plus grande réserve à l’appel chaleureux qui lui était adressé et aux offres qui lui étaient faites. Il s’était borné à déclarer que, à son avis, Sir Ed. Grey ne serait pas disposé à s’engager d’une façon quelconque, mais tiendrait à garder sa liberté[1]. De plus, un peu plus tard dans la nuit, le Chancelier apprit, par un télégramme de Londres, une conversation qui avait eu lieu, dans la journée même, entre Sir Ed. Grey et l’ambassadeur allemand. Sir Ed. Grey avait pris l’initiative de prévenir le prince Lichnowsky que, si la guerre éclatait et si la France y était entraînée à la suite de l’Allemagne et de la Russie, il ne s’engageait aucunement à « rester à l’écart ». Il avait ajouté, d’ailleurs, qu’il ne fallait voir dans son langage rien qui pût ressembler à une menace ; pour cette raison, il se refusait à spécifier les circonstances dans lesquelles l’Angleterre pourrait intervenir. Il désirait seulement réserver sa liberté ; mais il ne voulait pas que le ton amical de ses relations avec le prince pût faire croire au Gouvernement allemand que l’Angleterre s’abstiendrait dans tous les cas. Surtout, il tenait à ce qu’on ne pût pas lui « reprocher un jour d’avoir, en induisant l’Allemagne en erreur, empêché les événements de prendre un cours différent »[2]. Cet entretien, qui confirmait le précédent, était encore plus significatif et M. de Bethmann-Hollweg en comprit aisément toute la portée[3].

L’Allemagne tenait essentiellement à la neutralité de l’Angleterre[4] ; la démarche du Chancelier en est la meilleure preuve et nous en trouverons d’autres. Or, la seule raison par laquelle elle pouvait justifier, à ce moment, une mobilisation générale contre la Russie était insoutenable, puisque l’Autriche, seule intéressée, ne faisait pas d’objection aux préparatifs russes. Il était donc à craindre que la guerre, déclarée dans ces conditions, ne fût une de ces circonstances dont avait parlé Sir Ed. Grey et qui l’obligeraient à intervenir. C’est

  1. Cor. B., n° 85.
  2. Cor. B., n° 89.
  3. Cor. B., n° 98, in fine.
  4. Cor. B., nos 73, 76.