Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/49

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au gouvernement de procéder immédiatement à une véritable mobilisation. Enfin, à minuit, la mobilisation russe ayant été connue à Berlin dans l’intervalle, le comte de Pourtalès venait sommer M. Sazonoff d’arrêter dans les douze heures tous les préparatifs militaires « aussi bien contre l’Allemagne que contre l’Autriche », sans quoi l’Allemagne mobiliserait[1]. C’était l’ultimatum sous sa forme la plus blessante pour un grand pays, puisque la Russie était mise en demeure de répondre dans un délai déterminé. De plus, on exigeait qu’elle cessât de mobiliser, non seulement contre l’Allemagne, c’est-à-dire sur les frontières de la Prusse orientale, mais même dans le Sud, contre l’Autriche qui, pourtant, mobilisait toutes ses forces. Le Gouvernement allemand ne songea même pas qu’il eût été, en tout cas, de stricte équité, d’adresser la même demande au Gouvernement de Vienne. En d’autres termes, on exigeait que la Russie se mit, vis-à-vis de l’Autriche, dans un état d’infériorité manifeste que l’Autriche elle-même ne réclamait pas. Comme Sir E. Goschen s’étonnait auprès de M. de Jagow qu’on eût ainsi rendu l’ultimatum inacceptable pour le Gouvernement russe, il fut répondu que « c’était en vue d’empêcher la Russie de dire que toute sa mobilisation était dirigée uniquement contre l’Autriche »[2].

Suivant un mot de M. de Pourtalès, si ce n’était pas encore la guerre, on en était tout près.


Nouvelle formule de transaction, acceptée de l’Autriche, repoussée par l’Allemagne. — Et cependant, à ce même moment, les négociations se poursuivaient en dehors de l’Allemagne et elles prenaient une tournure favorable qu’elles n’avaient pas eue jusqu’alors. N’étaient les menaces allemandes, on aurait pu croire la paix toute proche.

Nous avons vu (v. plus haut, p. 35) que, le 30 juillet, après la mobilisation partielle de l’armée russe, une conversation

  1. L. B., n° 25.
  2. Cor. B., n° 121.