Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/50

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d’un ton très conciliant, avait eu lieu à Vienne entre le comte Berchtold et M. Schebeko. Mais nous n’avons pas encore rapporté les propos les plus importants qui furent échangés dans cet entretien. On ne s’était pas borné à se donner mutuellement des assurances pacifiques ; on avait abordé le fond du débat. Pour la première fois, on avait parlé du conflit austro-serbe et des moyens de le régler. Il fut entendu que l’on reprendrait officiellement les pourparlers que M. Sazonoff et M. Szapary avaient engagés à titre privé, et que le comte Berchtold avait interrompus, le 28, en refusant à son ambassadeur les pouvoirs nécessaires pour les continuer (v. plus haut, p. 27) : ce refus aurait été dû, disait le Ministre autrichien, à un malentendu, mais M. Szapary allait être immédiatement « autorisé à discuter quel accommodement serait compatible avec la dignité et le prestige dont les deux Empires ont un souci égal ». Jamais concession de cette importance n’avait été faite par l’Autriche. De son côté, d’ailleurs, l’ambassadeur russe assurait « que son Gouvernement tiendrait un compte beaucoup plus large qu’on ne suppose des exigences de la Monarchie » austro-hongroise[1].

Juste à ce moment, l’Allemagne se plaint auprès de diverses Puissances que les efforts qu’elle fait, dit-elle, pour prêcher la paix et la modération à Vienne sont embarrassés et paralysés par la mobilisation russe contre l’Autriche[2]. Or, tout au contraire, jamais l’Autriche ne s’est montrée aussi conciliante et aussi disposée à négocier. Il est impossible d’apercevoir ce qui a pu autoriser le Gouvernement allemand à tenir un langage que les faits, aujourd’hui connus, contredisent manifestement. La vérité est que la mobilisation russe marque un moment critique à partir duquel, entre l’attitude de l’Allemagne et celle de l’Autriche, un contraste se produit qui va aller en s’accentuant. Plus la première va devenir belliqueuse, plus la seconde inclinera vers la paix.

  1. L. J., n° 104.
  2. Cor. B., nos 98, 103, 108 ; L. B., Télégramme du Kaiser, Préf., p. 13.