Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/51

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Une formule nouvelle, élaborée par l’Angleterre et la Russie, allait, d’ailleurs, faciliter à l’Autriche ce revirement.

Le 20, Sir Ed. Grey, en causant avec l’ambassadeur allemand, avait émis l’idée qu’il y aurait peut-être un moyen de rendre plus facilement acceptable le principe de la médiation : l’Autriche, aussitôt qu’elle aurait occupé une partie du territoire serbe, déclarerait « qu’elle n’avancera pas plus loin jusqu’à ce que les Puissances aient fait un effort pour s’interposer entre elle et la Russie »[1]. Le lendemain, 30 juillet, Sir Ed. Grey eut communication de la formule que M. Sazonoff avait, la veille, soumise à l’Allemagne par l’intermédiaire de M. de Pourtalès et que le Gouvernement allemand avait repoussée (v. plus haut p. 59). Il parut à Sir Ed. Grey qu’il y avait quelque rapport entre cette proposition et la sienne, et que, avec un peu de bonne volonté, la formule de M. Sazonoff pourrait être modifiée de manière à se concilier avec celle dont il avait eu l’idée de son côté[2]. M. Sazonoff se rendit à ce désir et proposa la rédaction suivante : « Si l’Autriche consent à arrêter la marche de ses armées sur le territoire serbe et si, reconnaissant que le conflit austro-serbe a assumé le caractère d’une question d’intérêt européen, elle admet que les grandes Puissances examinent la satisfaction que la Serbie pourrait accorder au gouvernement d’Autriche-Hongrie sans laisser porter atteinte à ses droits d’État souverain et à son indépendance — la Russie s’engage à conserver son attitude expectante[3] ». En proposant cette formule, M. Sazonoff faisait à la cause de la paix un nouveau et dur sacrifice ; car, comme il y reconnaissait le fait de l’invasion de la Serbie par les troupes autrichiennes, il avait l’air de la consacrer en droit.

  1. Cor. B., n° 88. — Le Gouvernement allemand assura Sir Ed. Grey qu’il avait transmis cette proposition à Vienne et l’y avait appuyée (Cor. B., nos 88 et 103). Nous verrons pourtant que, quand M. Sazonoff l’eut acceptée à peine modifiée, l’Allemagne n’en voulut pas entendre parler. En tout cas, dans le Livre Blanc, il n’y a pas une pièce où il soit question de l’action qui aurait été exercée sur le Gouvernement de Vienne à cette occasion.
  2. Cor. B., n° 103.
  3. L. O., n° 67.