Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/52

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


L’Angleterre et la France acceptèrent sans hésiter cette nouvelle proposition. Que l’Autriche y adhérât à son tour, et l’ultimatum qui venait d’être adressé à la Russie se trouvait sans objet. L’Allemagne obtenait satisfaction, car la mobilisation russe devait s’arrêter d’elle-même, dès que l’Autriche aurait consenti les concessions qu’on lui demandait de faire. L’Autriche les consentit aussitôt et en prévint l’Allemagne[1]. Elle acceptait le principe de la médiation : elle acceptait même de discuter « la substance de l’ultimatum » envoyé le 23 à la Serbie[2]. En même temps, elle multipliait les démonstrations pacifiques. À Vienne, le comte Berchtold faisait venir l’ambassadeur russe et « le suppliait de faire tout son possible pour dissiper l’impression entièrement fausse qu’on avait à Saint-Pétersbourg » : c’est à tort, disait-il, qu’on y accusait l’Autriche-Hongrie « d’avoir brutalement fermé la porte aux pourparlers ». À Paris et à Londres, il faisait savoir que le gouvernement austro-hongrois « n’avait aucune intention de porter atteinte aux droits souverains de la Serbie ni d’obtenir une augmentation de territoire[3] ». La Russie n’avait jamais rien demandé de plus. Aussi, une fois mis au courant de ces pourparlers et de leurs résultats, que son gouvernement lui avait laissé ignorer, M. de Schoen ne put s’empêcher de reconnaître, le 1er août au matin, qu’il y avait là « une lueur d’espoir[4] ».

Sans doute, s’il s’exprimait, malgré tout, avec tant de réserve, c’est que le silence observé par son Gouvernement sur ces importantes négociations ne lui paraissait pas de très bon augure. Et en effet, cette formule, que tous les autres États trouvaient équitable, que les parties les plus directement engagées dans le conflit s’étaient empressées d’accepter, l’Allemagne l’écarta. En vain, le 1er août, l’ambassadeur anglais à Berlin s’appliqua à montrer à M. de Jagow ce qu’il y avait d’étrange dans la situation : le différend principal était

  1. Cor. B., n° 135.
  2. (2) Cor. B., n° 133.
  3. Cor. B., n° 137 ; L. O., n° 75.
  4. L. J., n° 125.