Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/53

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entre l’Autriche et la Russie ; l’Allemagne n’intervenait que comme alliée de l’Autriche ; si donc les deux États intéressés étaient d’accord pour converser, et c’était le cas, il serait illogique que l’Allemagne mît obstacle à une solution pacifique, « si elle ne désirait pas la guerre pour son propre compte »[1]. M. de Jagow ne voulut rien entendre. Sans doute, dit-il, « si la Russie n’avait pas mobilisé contre l’Allemagne, tout aurait pu s’arranger ». Maintenant il est trop tard. Le Gouvernement allemand ne voit qu’une chose : une sommation a été adressée à la Russie ; il faut que celle-ci se soumette. Quant aux concessions si graves faites par l’Autriche, elles ne comptent pas pour l’Allemagne, car, suivant M. de Jagow, c’est à l’influence allemande qu’elles sont dues. Combien il est regrettable que les dépêches, où doivent avoir été consignés les conseils de sagesse que l’Allemagne dit avoir donnés à Vienne, n’aient pas été publiées ! Mais surtout combien il est surprenant que l’Allemagne ait conseillé à Vienne une si exemplaire modération pendant ces journées qui vont du 29 au 31 juillet, c’est-à-dire juste à l’instant où elle prenait elle-même une attitude nettement belliqueuse ! D’ailleurs, à quelque cause que soit due la sagesse de l’Autriche, le souci des intérêts généraux de l’Europe et de la civilisation ne commandait-il pas d’en prendre acte aussitôt et d’en faire profiter la cause de la paix, et cela d’autant plus que, du même coup, le Gouvernement allemand obtenait tout ce qu’il demandait, l’arrêt de la mobilisation russe[2] ?

Mais au moment où cette conversation avait lieu, la mobilisation allemande était déjà décrétée (1er août).


Déclaration de guerre à la Russie. — Il n’est plus désormais question ni de la Serbie et du crime de Serajevo, ni de

  1. Cor. B., n° 138.
  2. De la proposition russe, amendée par l’Angleterre, aussi bien que des concessions de l’Autriche, il n’est pas fait mention dans le Livre Blanc.