Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/100

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sur le pont, et, comme il l’avait prévu, il rencontra immédiatement Allen, qui était posté sur le gaillard d’avant plutôt pour faire le guet que pour tout autre motif. Mais le sort de ce misérable fut décidé vivement et silencieusement ; car Peters, s’approchant de lui d’un air insouciant, comme pour lui parler, l’empoigna à la gorge, et, avant qu’il eût pu proférer un seul cri, il l’avait lancé par-dessus la muraille. Alors il nous appela, et nous montâmes. Notre premier soin fut de regarder partout pour découvrir des armes quelconques, et, pour ce faire, nous nous avançâmes avec beaucoup de précautions ; car il était impossible de se tenir un seul instant sur le pont sans s’accrocher à quelque chose, et de violents coups de mer brisaient sur le navire à chaque plongeon de l’avant. Cependant il était indispensable de procéder vivement dans notre opération ; nous nous attendions à chaque instant à voir monter le second pour faire pomper, car il était évident que le brick devait faire beaucoup d’eau. Après avoir fureté pendant quelque temps, nous ne trouvâmes rien de plus propre à notre dessein que les deux bringuebales de pompe, dont Auguste prit l’une, et moi l’autre. Après les avoir cachées, nous dépouillâmes le cadavre de sa chemise, et nous le jetâmes par-dessus bord. Peters et moi nous redescendîmes, laissant Auguste en sentinelle sur le pont, où il prit justement le poste d’Allen, mais le dos tourné au capot-d’échelle de la cabine, afin que, si l’un des hommes du second venait à monter, il supposât que c’était l’homme de quart.

Sitôt que je fus en bas, je commençai à me déguiser de manière à représenter le cadavre de Rogers. La che-