Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/101

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mise que nous lui avions ôtée devait nous aider beaucoup, parce qu’elle était d’un modèle et d’un caractère singulier, et très-aisément reconnaissable, — espèce de blouse que le défunt mettait par-dessus son autre vêtement. C’était un tricot bleu, traversé de larges raies blanches. Après l’avoir endossée, je commençai à m’accoutrer d’un estomac postiche à l’instar de l’horrible difformité du cadavre ballonné. À l’aide de quelques couvertures dont je me rembourrai, cela fut bientôt fait. Je donnai à mes mains une physionomie analogue avec une paire de mitaines de laine blanche que nous remplîmes de tous les chiffons que nous pûmes attraper. Alors Peters grima mon visage, le frottant d’abord partout avec de la craie blanche, et ensuite l’éclaboussant et le paraphant avec du sang qu’il se tira lui-même d’une entaille au bout du doigt. La grande raie rouge à travers l’œil ne fut pas oubliée, et elle était, certes, de l’aspect le plus repoussant.




VIII


LE REVENANT.


Lorsque enfin je me contemplai dans un fragment de miroir qui était pendu dans le poste, à la lueur obscure d’une espèce de fanal de combat, ma physionomie et le ressouvenir de l’épouvantable réalité que je représentais me pénétrèrent d’un vague effroi, si bien que je fus pris d’un violent tremblement, et que je pus à peine rassem-