Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/104

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l’œil sur eux, et qu’il n’entendait pas qu’il y eût des secrets à bord du brick ». Très-heureusement pour nous, le tangage du navire était si vif à ce moment-là que l’ordre ne put pas être mis immédiatement à exécution. Le coq se leva de son matelas pour venir nous trouver, quand une embardée, si effroyable que je crus qu’elle allait emporter la mâture, lui fit piquer une tête contre la porte d’une des cabines de bâbord, si bien qu’il l’ouvrit avec son front, ce qui augmenta encore le désordre. Heureusement, aucun de nous n’avait été culbuté, et nous eûmes le temps de battre précipitamment en retraite vers le gaillard d’avant et d’improviser à la hâte un plan d’action, avant que le messager fit son apparition, ou plutôt qu’il passât la tête hors du capot-d’échelle ; car il ne monta pas jusque sur le pont. De l’endroit où il était placé, il ne pouvait pas remarquer l’absence d’Allen, et, en conséquence, le croyant toujours là, il se mit à le héler de toute sa force et à lui répéter les ordres du second. Peters répondit en criant sur le même ton et en déguisant sa voix : Oui ! oui ! et le coq redescendit immédiatement, sans avoir même soupçonné que tout n’allait pas bien à bord.

Alors mes deux compagnons se dirigèrent hardiment vers l’arrière et descendirent dans la chambre, Peters refermant la porte après lui de la même façon qu’il l’avait trouvée. Le second les reçut avec une cordialité feinte, et dit à Auguste que, puisqu’il s’était conduit si gentiment dans ces derniers temps, il pouvait s’installer dans la cabine et se considérer désormais comme un des leurs. Il lui remplit à moitié un grand verre de rhum, et