Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/107

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seul excepté, qu’on avait simplement hélé. Tout l’équipage d’ailleurs, — tous ceux du moins qui, croyant former l’équipage complet, étaient à mille lieues de soupçonner la présence d’un autre individu à bord, — était rassemblé dans la chambre, à l’exception d’Allen, l’homme de quart ; et quant à celui-ci, leurs yeux étaient trop bien familiarisés avec sa stature gigantesque (il avait six pieds six pouces de haut) pour que l’idée qu’il pût être la terrible apparition entrât un instant dans leur esprit. Ajoutez à ces considérations le caractère effrayant de la tempête et la nature de la conversation amenée par Peters, l’impression profonde que la hideur du véritable cadavre avait produite dans la matinée sur l’imagination de ces hommes, la perfection de mon travestissement, et la lumière vacillante et incertaine à travers laquelle ils me voyaient, le fanal de la chambre oscillant violemment çà et là avec le navire et jetant sur moi des éclairs douteux et tremblants, et vous ne trouverez pas étonnant que l’effet de la supercherie ait été beaucoup plus grand que nous n’avions osé l’espérer.

Le second se dressa sur le matelas où il était couché, et, sans proférer une syllabe, retomba à la renverse, roide mort, sur le plancher de la chambre ; un fort coup de roulis le roula sous le vent comme une bûche. Des sept qui restaient, il n’y en eut que trois qui montrèrent d’abord quelque présence d’esprit. Les quatre autres restèrent assis pendant quelque temps, comme s’ils avaient pris racine dans le plancher ; — c’étaient bien les plus pitoyables victimes de l’horreur et du désespoir que mes yeux aient jamais contemplées. La seule résistance que