Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/111

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avait même aucun symptôme d’une prochaine embellie. Nous tirâmes alors les corps sur le pont, et nous les jetâmes par-dessus bord. Ensuite nous pensâmes à nous débarrasser du grand mât. Les préparatifs nécessaires ayant été faits, Peters, qui avait retrouvé les haches dans la cabine, entama le mât, pendant que, nous autres, nous veillions aux étais et aux garants. Comme le brick donnait une effroyable embardée sous le vent, le signal fut donné pour couper les garants, et, cela fait, toute cette masse de bois et de gréement tomba dans la mer, et débarrassa le brick sans nous faire d’avarie notable. Nous vîmes alors que le navire fatiguait moins qu’auparavant, mais notre situation était toujours extrêmement précaire, et en dépit des plus grands efforts, nous ne pouvions pas maîtriser la voie d’eau sans l’aide des deux pompes. Les services qu’Auguste pouvait nous rendre étaient vraiment insignifiants. Pour ajouter à notre détresse, une lame énorme frappant le brick du côté du vent le jeta à quelques points hors du vent, et avant qu’il pût reprendre sa position, une autre lame déferlait en plein dessus et le roulait complètement sur le côté. Alors le lest se déplaça en masse et passa sous le vent (quant à l’arrimage, il était depuis quelque temps ballotté absolument à l’aventure), et pendant quelques secondes nous crûmes que nous allions inévitablement chavirer. Cependant nous nous relevâmes un peu ; mais le lest restant toujours à bâbord, nous donnions tellement de la bande qu’il était inutile de songer à faire jouer les pompes, ce qu’en aucun cas d’ailleurs nous n’aurions pu faire plus longtemps, nos mains étant complètement ulcérées par