Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/116

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chés à plat sur le visage, nous n’en attrapions que de grosses éclaboussures ; quant à celles qui nous venaient par bâbord, elles nous attaquaient par le dos, et n’avaient pas, en raison de notre posture, assez de prise sur nous pour nous arracher à nos amarres.

Nous restâmes couchés dans cette affreuse situation jusqu’à ce que le jour vînt nous montrer plus clairement les horreurs dont nous étions environnés. Le brick n’était plus qu’une bûche, roulant çà et là à la merci de chaque lame ; la tempête augmentait toujours ; c’était un parfait ouragan, s’il en fut jamais, et nous ne voyions aucune perspective naturelle de délivrance. Pendant quelques heures nous gardâmes le silence, tremblant à chaque instant ou que nos amarres ne cédassent, ou que les débris du guindeau ne filassent par-dessus bord, ou qu’une des énormes lames qui mugissaient autour de nous, au-dessus de nous, dans tous les sens, ne plongeât la carcasse si avant sous l’eau que nous fussions noyés avant qu’elle pût remonter à la surface. Cependant la miséricorde de Dieu nous préserva de ces imminents dangers, et vers midi nous fûmes gratifiés de la lumière bénie du soleil. Peu de temps après, nous nous aperçûmes d’une diminution sensible dans la force du vent, et, pour la première fois depuis la fin de la soirée précédente, Auguste parla et demanda à Peters, qui était couché tout contre lui, s’il croyait qu’il y eût quelque chance de salut. Comme le métis ne fit d’abord aucune réponse à cette question, nous conclûmes tous qu’il avait été noyé sur place ; mais bientôt, à notre grande joie, il parla, quoique d’une voix très-faible, disant qu’il