Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/117

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souffrait beaucoup, qu’il était comme coupé par les amarres qui lui serraient étroitement l’estomac, et qu’il lui fallait trouver le moyen de les relâcher, ou mourir, parce qu’il lui était impossible d’endurer cette torture plus longtemps. Cela nous causa un grand chagrin ; car il ne fallait pas songer à venir à son secours, tant que la mer continuerait à courir sur nous comme elle faisait. Nous l’exhortâmes à supporter ses souffrances avec courage, et nous lui promîmes de saisir la première occasion qui s’offrirait pour le soulager. Il répondit qu’il serait bientôt trop tard ; que ce serait fait de lui avant que nous pussions lui venir en aide ; et puis, après avoir gémi pendant quelques minutes, il retomba dans son silence, et nous conclûmes qu’il était mort.

Aux approches du soir, la mer tomba considérablement ; c’était à peine si dans l’espace de cinq minutes plus d’une lame venait briser sur la coque du côté du vent ; le vent s’était aussi beaucoup calmé, quoiqu’il soufflât encore grand frais. Je n’avais entendu parler aucun de mes camarades depuis plusieurs heures ; j’appelai alors Auguste. Il me répondit, mais si faiblement, que je ne pus pas distinguer ce qu’il disait. Je parlai alors à Peters et à Parker, mais aucun d’eux ne me fit de réponse.

Peu de temps après, je tombai dans une quasi-insensibilité, durant laquelle les images les plus charmantes flottèrent dans mon cerveau ; telles que des arbres verdoyants, des prés magnifiques où ondulait le blé mûr, des processions de jeunes danseuses, de superbes troupes de cavalerie et autres fantasmagories. Je