Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/118

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me rappelle maintenant que, dans tout ce qui défilait devant l’œil de mon esprit, le mouvement était l’idée prédominante. Ainsi, je ne rêvais jamais d’un objet immobile, tel qu’une maison, une montagne ou tout autre du même genre ; mais des moulins à vent, des navires, de grands oiseaux, des ballons, des hommes à cheval, des voitures filant avec une vitesse furieuse, et autres objets mouvants, se présentaient à moi et se succédaient interminablement. Quand je sortis de ce singulier état, le soleil était levé depuis une heure, autant que je pus le deviner. J’eus la plus grande peine à me souvenir des différentes circonstances qui se rattachaient à ma situation, et pendant quelque temps je restai fermement convaincu que j’étais toujours dans la cale du brick, près de ma caisse, et je prenais le corps de Parker pour celui de Tigre.

Lorsque j’eus enfin complètement recouvré mes sens, je m’aperçus que le vent n’était plus qu’une brise très-modérée, et que la mer était comparativement calme, de sorte qu’elle n’embarquait plus sur le brick que par le travers. Mon bras gauche avait rompu ses liens et se trouvait gravement déchiré vers le coude ; le droit était complètement paralysé, et la main et le poignet, prodigieusement enflés par la pression du cordage, qui avait agi depuis l’épaule jusqu’en bas. Je souffrais aussi beaucoup d’une autre corde autour de la taille, qui avait été serrée à un point intolérable. En regardant mes camarades autour de moi, je vis que Peters vivait encore, bien qu’il eût autour des reins une grosse corde serrée si cruellement qu’il avait l’air pres-