Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/120

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recouvra en partie l’usage de ses membres. Nous nous dépêchâmes alors de défaire la corde de Peters. Elle avait fait une profonde entaille à travers la ceinture de son pantalon de laine et à travers deux chemises, et elle avait pénétré dans l’aine, d’où le sang jaillit abondamment quand nous enlevâmes la corde. Mais à peine avions-nous fini, que Peters se mit à parler et sembla éprouver un soulagement immédiat ; — il était même capable de se remuer beaucoup plus aisément que Parker et moi, ce qu’il devait sans aucun doute à cette saignée involontaire.

Auguste ne donnait aucun signe de vie, et nous avions peu d’espoir de le voir reprendre ses sens ; mais, en arrivant à lui, nous vîmes qu’il s’était simplement évanoui par suite d’une perte de sang, les bandages dont nous avions entouré son bras ayant été arrachés par l’eau ; aucune des cordes qui le retenaient au guindeau n’était suffisamment serrée pour occasionner sa mort. L’ayant débarrassé de ses liens et délivré du morceau de bois, nous le déposâmes du côté du vent, à un endroit sec, la tête un peu plus bas que le corps, et nous nous mîmes tous trois à lui frotter les membres. En une demi-heure à peu près il revint à lui ; mais ce ne fut que le matin suivant qu’il laissa voir qu’il reconnaissait chacun de nous et qu’il trouva la force de parler. Pendant le temps que nous avions mis à nous débarrasser de toutes nos amarres, la nuit était venue, le ciel commençait à se couvrir, de sorte que nous avions une peur affreuse que le vent ne reprît avec violence, auquel cas rien ne pouvait nous sauver de la mort, épuisés comme nous