Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/121

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l’étions. Par bonheur le temps se maintint très-convenablement pendant la nuit, et, la mer s’apaisant de plus en plus, nous conçûmes finalement l’espoir de nous sauver. Une jolie brise soufflait toujours du nord-ouest, mais le temps n’était pas froid du tout. Auguste, étant beaucoup trop faible pour se retenir lui-même, fut soigneusement attaché au guindeau, de peur que le roulis du navire ne le fit glisser pardessus bord. Quant à nous, nous n’avions pas besoin de précautions semblables. Nous nous assîmes en nous serrant, et, nous appuyant l’un contre l’autre, en nous aidant des cordes rompues du guindeau, nous nous mîmes à causer des moyens de sortir de notre affreuse situation. Nous nous avisâmes très à propos de retirer nos habits, et nous les tordîmes pour en exprimer l’eau. Quand ensuite nous les remîmes, ils nous parurent singulièrement chauds et agréables et ne servirent pas peu à nous rendre de la vigueur. Nous débarrassâmes Auguste des siens, nous les tordîmes pour lui, et il en éprouva le même bien-être.

Nos principales souffrances étaient maintenant la faim et la soif, et quand nous pensions aux moyens futurs de nous soulager à cet égard, nous sentions le cœur nous manquer, et nous en venions même à regretter d’avoir échappé aux dangers moins terribles de la mer. Nous nous efforçâmes cependant de nous consoler avec l’espoir d’être bientôt recueillis par quelque navire, et nous nous encourageâmes à supporter avec résignation tous les maux qui pouvaient nous être encore réservés.

Enfin, l’aube du 14 parut, et le temps se maintint clair et doux, avec une brise constante mais très-légère du