Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/130

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où une partie de la chemise avait été arrachée et laissait voir le nu, se tenait une mouette énorme, qui se gorgeait activement de l’horrible viande, son bec et ses serres profondément enfouis dans le corps, et son blanc plumage tout éclaboussé de sang. Comme le brick continuait à tourner comme pour nous voir de plus près, l’oiseau retira péniblement du trou sa tête sanglante, et, après nous avoir considérés un moment comme stupéfié, se détacha paresseusement du corps sur lequel il se régalait, puis il prit droit son vol au-dessus de notre pont et plana quelque temps dans l’air avec un morceau de substance coagulée et quasi vivante dans son bec. À la fin, l’horrible morceau tomba, avec un sinistre piaffement, juste aux pieds de Parker. Dieu veuille me pardonner ! mais alors, dans le premier moment, une pensée traversa mon esprit, — une pensée que je n’écrirai pas, — et je me sentis faisant un pas machinal vers la place ensanglantée. Je levai les yeux, et mes regards rencontrèrent ceux d’Auguste qui étaient chargés d’un reproche si intense et si énergique que cela me rendit immédiatement à moi-même. Je m’élançai vivement, et, avec un profond frisson, je jetai l’horrible chose à la mer.

Le corps d’où le morceau avait été arraché, reposant ainsi sur cette manœuvre, oscillait aisément sous les efforts de l’oiseau carnassier, et c’était ce mouvement qui nous avait d’abord fait croire à un être vivant. Quand la mouette le débarrassa de son poids, il chancela, tourna et tomba à moitié, de sorte que nous pûmes voir son visage en plein. Non, jamais spectacle ne fut plus plein d’effroi ! Les yeux n’existaient plus, et toutes les