Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/138

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vieille lecture médicale sur les heureux effets de l’affusion et de la douche dans les cas où le malade souffre du delirium tremens.

Voyant que je pouvais enfin me fier à mes camarades pour tenir le bout de la corde, je plongeai encore trois ou quatre fois dans la cabine, bien qu’il fît tout à fait nuit, et qu’une houle assez douce, mais très-allongée, venant du nord, ballottât tant soit peu notre ponton. Dans le cours de ces tentatives, je réussis à rapporter deux grands couteaux de table, une cruche de la contenance de trois gallons, mais vide, enfin une couverture, mais rien qui pût servir à soulager notre faim. Après avoir trouvé ces divers articles, je continuai mes efforts jusqu’à ce que je fusse complètement épuisé ; mais je n’attrapai plus rien. Pendant la nuit, Parker et Peters firent la même besogne à tour de rôle ; mais on ne pouvait plus mettre la main sur rien, et, persuadés que nous nous épuisions en vain, de désespoir nous abandonnâmes l’entreprise.

Nous passâmes le reste de la nuit dans la plus terrible angoisse morale et physique qui se puisse imaginer. Le matin du 16 se leva enfin, et nos yeux cherchèrent avec avidité le secours à tous les points de l’horizon, mais vainement. La mer était toujours très-unie, avec une longue houle du nord, comme la veille. Il y avait alors six jours que nous n’avions goûté d’aucune nourriture ni bu d’aucune boisson, à l’exception de la bouteille de porto, et il était clair que nous ne pourrions résister que fort peu de temps, à moins que nous ne fissions quelque trouvaille. Je n’avais jamais vu et je désire ne jamais re-