Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/145

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L’effet de ces paroles fut encore plus terrible que je ne m’y étais attendu. Auguste et Peters, qui depuis longtemps, à ce qu’il paraît, nourrissaient en secret la terrible pensée que Parker avait simplement émise le premier, s’accordèrent avec lui, et insistèrent pour la mettre immédiatement à exécution. J’avais présumé que l’un des deux au moins aurait encore assez de force d’âme et serait assez maître de lui pour se ranger de mon côté et s’opposer à l’exécution de cet affreux dessein ; et avec l’aide de l’un d’eux je me croyais parfaitement capable d’en empêcher l’accomplissement. Frustré de cette espérance, il devenait indispensable pour moi de pourvoir à ma propre sûreté ; car une plus longue résistance de ma part pouvait être considérée par ces hommes qu’exaspérait leur situation comme une excuse suffisante pour me refuser mon franc jeu dans la tragédie qui allait maintenant se jouer vivement.

Je leur dis que j’adhérais volontiers à la proposition, et que je demandais simplement un délai d’une heure à peu près pour laisser au brouillard qui nous enveloppait le temps de s’élever, parce qu’alors le navire que déjà nous avions aperçu serait peut-être encore en vue. Après de longues difficultés, j’obtins d’eux la promesse d’attendre encore jusque-là ; et, comme je l’avais espéré, grâce à une brise qui survint rapidement, la brume s’éleva avant l’expiration de l’heure ; mais aucun navire n’apparaissant à l’horizon, nous nous préparâmes à tirer au sort.

C’est avec une excessive répugnance que je m’étends sur la scène épouvantable qui suivit, scène qu’aucun