Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/147

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assembler les petites esquilles de bois ; mes doigts me refusaient absolument leur service, et mes genoux claquaient violemment l’un contre l’autre. Mon esprit parcourut rapidement mille absurdes expédients pour éviter de jouer mon jeu dans cette affreuse spéculation. Je pensai à me jeter aux genoux de mes camarades et à les supplier de me permettre de me soustraire à cette nécessité ; à me précipiter sur eux à l’improviste, à en mettre un à mort, et à rendre ainsi superflue la décision par le sort ; — bref, je pensai à tout, excepté à exécuter ce que j’avais à faire. À la fin, après avoir perdu beaucoup de temps dans cette conduite imbécile, je fus rappelé à moi-même par la voix de Parker, qui me pressait de les tirer enfin de la terrible inquiétude qu’ils enduraient. Et encore, je ne pus me résigner à arranger sur le champ les éclats de bois. Je me pris à réfléchir sur toutes les finasseries à employer pour tricher au jeu, et pour induire un de mes pauvres compagnons d’infortune à tirer la courte paille, puisqu’il avait été convenu que celui qui tirerait la plus courte des quatre esquilles mourrait pour la conservation des autres. Que quiconque a envie de me condamner pour cette apparente infamie veuille bien se placer dans une position exactement semblable à la mienne !

Enfin aucun délai n’était plus possible, et, sentant mon cœur près d’éclater dans ma poitrine, je m’avançai vers le gaillard d’avant, où mes camarades m’attendaient. Je présentai ma main avec les esquilles, et Peters tira immédiatement. Il était libre ! — son esquille, du moins, n’était pas la plus courte ; j’avais donc maintenant une