Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/149

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de la parfaite horreur de la réalité. Qu’il me suffise de dire qu’après avoir, jusqu’à un certain point, apaisé dans le sang de la victime la soif enragée qui nous dévorait, et détaché d’un commun accord les mains, les pieds et la tête, que nous jetâmes à la mer avec les entrailles, nous dévorâmes le reste du corps, morceau par morceau, durant les quatre jours à jamais mémorables qui suivirent, 17, 18, 19 et 20 juillet.

Le 19, il survint une superbe averse qui dura quinze ou vingt minutes, et qui nous permit de ramasser un peu d’eau au moyen d’un drap que notre drague avait pêché dans la cabine juste après la tempête. La quantité que nous recueillîmes ainsi ne montait pas en tout à plus d’un demi-gallon ; mais cette chétive provision suffit pourtant à nous rendre, comparativement, un peu de force et d’espérance.

Le 21, nous fûmes de nouveau réduits à la dernière extrémité. La température se maintenait chaude et agréable, avec quelque brouillard et de petites brises, variant généralement du nord à l’ouest.

Le 22, comme nous étions tous trois assis, serrés l’un contre l’autre, et rêvant mélancoliquement à notre lamentable situation, mon esprit fut traversé d’une idée soudaine qui brilla comme un vif rayon d’espérance. Je me souvins que, quand le mât de misaine avait été coupé, Peters se trouvant au vent, dans les porte-haubans, m’avait passé une des haches, en me priant de la mettre, s’il était possible, en lieu de sûreté, et que, quelques minutes avant le dernier coup de mer qui avait attrapé et inondé le brick, j’avais serré cette hache dans le gail-