Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/164

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traîner des bouts de corde aux clous qui retenaient nos provisions. Mais nous n’avions pas suffisamment calculé l’accélération de la force impulsive ; car le mouvement devenait maintenant trop violent pour nous permettre de marcher de pair avec lui, et, avant que nous eussions eu le temps de nous reconnaître, nous nous sentîmes impétueusement précipités dans la mer, nous débattant à plusieurs brasses au-dessous du niveau de l’eau, avec l’énorme coque juste au-dessus de nous.

En plongeant sous l’eau j’avais été obligé de lâcher ma corde ; et sentant que j’étais absolument sous le navire, mes pauvres forces complètement épuisées, je fis à peine un effort pour sauver ma vie, et en quelques secondes je me résignai à mourir. Mais encore en ceci je m’étais trompé, et je n’avais pas réfléchi au rebondissement naturel de la coque du côté du vent. Le tourbillonnement de l’eau qui remontait, causé par cette révolution partielle du navire, me ramena à la surface encore plus vivement que je n’avais été plongé. En revenant au-dessus de l’eau, je me trouvai à peu près à 20 yards de la coque, autant que j’en pus juger. Le navire avait tourné la quille en l’air et se balançait furieusement bord sur bord, et tout autour, dans tous les sens, la mer était très-agitée et pleine de violents tourbillons. Plus de Peters. Une barrique d’huile flottait à quelques pieds de moi, et d’autres articles provenant du brick étaient éparpillés çà et là.

Ma principale terreur avait pour objet les requins, que je savais être dans mon voisinage. Pour les éloigner de moi, s’il était possible, je battis violemment l’eau de