Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/198

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5 janvier. — Nous nous sommes toujours avancés vers le sud sans trouver beaucoup d’obstacles. Ce matin cependant, étant par 73° 15′ de latitude sud et 42° 10′ de longitude ouest, nous fîmes une nouvelle halte devant une immense étendue de glace. Néanmoins, nous apercevions au delà vers le sud la pleine mer, et nous étions persuadés que nous réussirions finalement à l’atteindre. Portant sur l’est et filant le long de la banquise, nous arrivâmes enfin à un passage, large d’un mille à peu près, à travers lequel nous fîmes, tant bien que mal, notre route au coucher du soleil. La mer dans laquelle nous nous trouvâmes alors était chargée d’îlots de glace, mais non plus de vastes bancs, et nous allâmes hardiment de l’avant comme précédemment. Le froid ne semblait pas augmenter, bien que nous eussions fréquemment de la neige et de temps à autre des rafales de grêle d’une violence extrême. D’immenses troupes d’albatros ont passé ce jour-là au-dessus de la goëlette, filant du sud-est au nord-ouest.

7 janvier. — La mer toujours à peu près libre et ouverte, en sorte que nous pûmes continuer notre route sans empêchement. Nous vîmes à l’ouest quelques banquises d’une grosseur inconcevable, et dans l’après-midi nous passâmes très-près d’une de ces masses dont le sommet ne s’élevait certainement pas de moins de quatre cents brasses au-dessus de l’océan. Elle avait probablement à sa base trois quarts de lieue de circuit, et par quelques crevasses sur ses flancs couraient des filets d’eau. Nous gardâmes cette espèce d’île en vue pendant deux jours, et nous ne la perdîmes que dans un brouillard.

10 janvier. — D’assez grand matin nous eûmes le mal-