Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/207

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très-haut, poussant de temps en temps de grands cris, parmi lesquels nous pouvions distinguer les mots : Anamoo-moo ! et Lama-Lama ! Ils continuèrent leur vacarme pendant une bonne demi-heure, durant laquelle nous pûmes examiner leur physionomie tout à loisir.

Dans les quatre canots, qui pouvaient bien avoir cinquante pieds de long et cinq de large, il y avait en tout cent dix sauvages. Ils avaient, à peu de chose près, la stature ordinaire des Européens, mais avec une charpente plus musculeuse et plus charnue. Leur teint était d’un noir de jais, et leurs cheveux, longs, épais et laineux. Ils étaient vêtus de la peau d’un animal noir inconnu, à poils longs et soyeux, et ajustée assez convenablement au corps, la fourrure tournée en dedans, excepté autour du cou, des poignets et des chevilles. Leurs armes consistaient principalement en bâtons d’un bois noir et en apparence très-lourd. Cependant, nous aperçûmes aussi quelques lances à pointe de silex, et quelques frondes. Le fond des canots était chargé de pierres noires de la grosseur d’un gros œuf.

Quand ils eurent terminé leur harangue (car c’était évidemment une harangue que cet affreux baragouinage), l’un d’eux, qui semblait être le chef, se leva à la proue de son canot et nous fit signe, à différentes reprises, d’amener nos embarcations au long de son bord. Nous fîmes semblant de ne pas comprendre son idée, pensant que le parti le plus sage était de maintenir, autant que possible, un espace suffisant entre lui et nous ; car ils étaient plus de quatre fois plus nombreux que nous. Devinant notre pensée, le chef commanda aux trois autres