Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/236

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enseveli sous les décombres qu’il était impossible de l’en retirer. Je découvris bientôt que ce que disait Peters n’était que trop vrai, et que la vie devait être éteinte depuis longtemps. Le cœur plein de tristesse, nous abandonnâmes donc le corps à sa destinée et nous nous acheminâmes de nouveau vers le coude du corridor.

La largeur de la déchirure était à peine suffisante pour notre corps, et, après une ou deux tentatives infructueuses pour remonter, nous recommençâmes à désespérer. J’ai déjà dit que la chaîne de hauteurs à travers lesquelles se faufilait la gorge principale était formée d’une espèce de roches ressemblant à la stéatite ou pierre de savon. Les parois de l’ouverture sur lesquelles nous nous efforcions alors de grimper étaient faites de la même substance, et si glissantes et si mouillées que nos pieds pouvaient à peine mordre sur les parties les moins ardues ; en quelques endroits, quand la montée devenait presque perpendiculaire, la difficulté se trouvait naturellement beaucoup plus grave, et pendant quelque temps nous crûmes positivement qu’elle serait insurmontable. Nous tirâmes toutefois le courage du désespoir et, ayant eu l’heureuse idée de tailler des degrés dans la roche tendre avec nos bowie-knives, nous nous suspendîmes, au risque de nous tuer, à de petites proéminences faites d’une espèce d’argile schisteuse un peu plus dure, qui saillaient çà et là de la masse générale, et nous arrivâmes enfin à une plate-forme naturelle d’où l’on pouvait apercevoir un lambeau de ciel bleu, à l’extrémité d’une ravine solidement boisée. Regardant alors derrière nous, et examinant un peu plus à loisir le