Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/241

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être mieux préparés qu’ils n’étaient et qu’ils n’avaient été jusqu’alors à recevoir un ennemi prêt à l’attaque. Aucun avantage ne pouvait résulter d’une alarme donnée par un coup de feu, et il en pouvait résulter un mal infini ; aussi, après mûre délibération, nous nous en abstînmes.

Nous eûmes ensuite l’idée de nous précipiter vers le navire, de nous emparer d’un des quatre canots amarrés à l’entrée de la baie, et d’essayer de nous frayer un passage jusqu’à la goëlette. Mais l’absolue impossibilité de réussir dans cette tentative désespérée devint bientôt évidente. Tout le pays, comme je l’ai dit, fourmillait littéralement de sauvages, qui se rasaient derrière les buissons et les replis des collines de manière à ne pas être aperçus de la goëlette. Particulièrement dans notre voisinage immédiat, et bloquant le seul passage par lequel nous pouvions espérer d’atteindre le rivage au bon endroit, était postée toute la bande des guerriers aux peaux noires, Too-wit à leur tête, qui semblait n’attendre que quelques renforts pour commencer l’abordage de la Jane. Les canots aussi, à l’entrée de la baie, étaient montés par des sauvages, non armés, il est vrai, mais ayant sans aucun doute des armes à leur portée. Nous fûmes donc forcés, malgré tout notre bon vouloir, de rester dans notre cachette, simples spectateurs de la bataille qui ne tarda pas à s’engager.

Au bout d’une demi-heure à peu près, nous vîmes soixante ou soixante-dix radeaux, ou bateaux plats, à balanciers de pirogue, se remplir de sauvages et doubler la pointe sud de la baie. Il ne paraissait pas qu’ils eussent d’autres armes que de courtes massues et des