Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pierres amassées au fond des bateaux. Aussitôt après, un autre détachement, encore plus considérable, s’approcha par une direction opposée, avec des armes semblables. Les quatre canots se remplirent aussi très-rapidement d’une foule de naturels qui sortaient des fourrés, se dirigeant tous vers l’entrée du port, et qui poussèrent vivement au large pour rejoindre les autres troupes. Ainsi, en moins de temps qu’il ne m’en a fallu pour le raconter, et comme par magie, la Jane se vit assiégée par une multitude immense de forcenés évidemment résolus à s’en emparer à tout prix.

Qu’ils dussent réussir dans cette entreprise, nous n’osions pas en douter un seul instant. Les six hommes laissés sur le navire, quelque résolus qu’ils fussent à se bien défendre, étaient bien loin de suffire au service convenable des pièces, et de toutes façons ils étaient incapables de soutenir un combat aussi inégal. Je pouvais à peine me figurer qu’ils fissent la moindre résistance ; mais en cela je me trompais ; car je les vis bientôt s’embosser et amener le côté de tribord de manière que toute la bordée portât sur les canots qui se trouvaient alors à portée de pistolet, les radeaux restant à peu près à un quart de mille au vent. Par suite de quelque cause inconnue, probablement de l’agitation de nos pauvres amis se voyant dans une position aussi désespérée, la décharge ne fut qu’un four complet. Pas un canot ne fut atteint, pas un sauvage blessé, le tir étant trop court, et la charge faisant ricochet par-dessus leurs têtes. Le seul effet produit sur eux fut un grand étonnement à cette détonation