Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/260

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cheville supérieure pour le fixer à la seconde, et ici il s’aperçut qu’il avait commis une faute en creusant les trous à une si grande distance l’un de l’autre. Néanmoins, après une ou deux tentatives périlleuses pour atteindre le nœud (ayant à se retenir avec sa main gauche pendant que la droite travaillait à défaire le nœud), il se décida enfin à couper la corde, laissant un lambeau de six pouces fixé à la cheville. Attachant alors les mouchoirs à la seconde cheville, il descendit d’un degré au-dessous de la troisième, ayant bien soin cette fois de ne pas se laisser aller trop bas. Grâce à ce procédé (que pour mon compte je n’aurais jamais su inventer, et dont nous fûmes absolument redevables à l’ingéniosité et au courage de Peters), mon camarade réussit enfin, en s’aidant de temps à autre des saillies de la paroi, à atteindre le bas de la colline sans accident.

Il me fallut un peu de temps pour rassembler l’énergie nécessaire pour le suivre ; mais enfin j’entrepris la chose. Peters avait ôté sa chemise avant de descendre, et, en y joignant la mienne, je fis la corde nécessaire pour l’opération. Après avoir jeté le fusil trouvé dans l’abîme, j’attachai cette corde aux buissons et je me laissai couler rapidement, m’efforçant, par la vivacité de mes mouvements, de bannir l’effroi qu’autrement je n’aurais pas pu dominer.

Ce moyen me réussit en effet pour les quatre ou cinq premiers degrés ; mais bientôt mon imagination se trouva terriblement frappée en pensant à l’immense hauteur que j’avais encore à descendre, à la fragilité et à l’insuffisance des chevilles et des trous glissants qui faisaient mon