Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/262

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trisable ! Je lâchai tout à coup la cheville, et, faisant un demi-tour contre la muraille, je restai une seconde vacillant sur cette surface polie. Mais alors se produisit un tournoiement dans mon cerveau ; une voix imaginaire et stridente criait dans mes oreilles ; une figure noirâtre, diabolique, nuageuse, se dressa juste au-dessous de moi ; je soupirai, je sentis mon cœur près à se briser, et je me laissai tomber dans les bras du fantôme.

Je m’étais évanoui, et Peters s’était emparé de moi comme je tombais. De sa place, au bas de la colline, il avait étudié mes mouvements, et, apercevant mon imminent danger, il avait essayé de m’inspirer du courage par tous les moyens qui lui étaient venus à la pensée ; mais le trouble de mon esprit était si grand que je n’avais pu entendre ce qu’il me disait et que je n’avais même pas soupçonné qu’il me parlât. À la fin, me voyant chanceler, il s’était dépêché de venir à mon secours, et enfin il était arrivé juste à temps pour me sauver. Si j’étais tombé de tout mon poids, la corde de linge se serait inévitablement rompue et j’aurais été précipité dans l’abîme ; mais, grâce à Peters, qui amortit la secousse, je pus tomber doucement, de manière à rester suspendu, sans danger, jusqu’à ce que je revinsse à la vie. Cela eut lieu au bout de quinze minutes. Quand je recouvrai mes sens, ma terreur s’était entièrement évanouie ; je sentais en moi comme un être nouveau, et, en me faisant aider encore un peu par mon camarade, j’atteignis le fond sain et sauf.

Nous nous trouvâmes alors à peu de distance de la ravine qui avait été le tombeau de nos amis et au sud de