Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/263

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’endroit où la colline était tombée. Le lieu avait un aspect de dévastation étrange, qui me rappelait les descriptions que font les voyageurs de ces lugubres régions qui marquent l’emplacement de la Babylone ruinée. Pour ne pas parler des décombres de la colline arrachée qui formaient une barrière chaotique devant l’horizon du nord, la surface du sol, de tous les autres côtés, était parsemée de vastes tumuli qui semblaient les débris de quelques gigantesques constructions artificielles. Cependant, en examinant les détails, il était impossible d’y découvrir un semblant d’art. Les scories étaient abondantes et de gros blocs de granit noir se mêlaient à des blocs de marne[1], les deux espèces étant grenaillées de métal. Aussi loin que l’œil pouvait atteindre, il n’y avait aucune trace de végétation quelconque dans toute l’étendue de cette surface désolée. Nous vîmes quelques énormes scorpions et divers reptiles qui ne se trouvent pas ailleurs dans les hautes latitudes.

Comme la nourriture était notre but immédiat, nous résolûmes de nous diriger vers la côte, qui n’était située qu’à un demi-mille, dans l’idée de faire une chasse aux tortues, car nous en avions remarqué quelques-unes du haut de notre cachette sur la colline. Nous avions fait quelque chose comme cent yards, filant avec précaution derrière les grosses roches et les tumuli, et nous tournions un angle, quand cinq sauvages s’élancèrent sur nous d’une petite caverne et terrassèrent Peters d’un coup de massue. Comme il tombait, toute la bande se

  1. La marne aussi était noire. En somme, nous ne remarquâmes dans l’île aucune substance qui fût d’une couleur claire. – E. A. P.