Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/264

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jeta sur lui pour s’assurer de sa victime, et me laissa du temps pour revenir de ma surprise. J’avais encore le fusil, mais le canon avait été si endommagé par sa chute du haut de la montagne que je le jetai comme une arme de rebut, préférant me fier à mes pistolets que j’avais soigneusement conservés et qui étaient en bon état. Je m’avançai avec mes armes sur les assaillants et je les ajustai rapidement l’un après l’autre. Deux des sauvages tombèrent, et un troisième, qui était au moment de percer Peters de sa lance, sauta sur ses pieds sans accomplir son dessein. Mon compagnon se trouvant ainsi dégagé, nous n’éprouvâmes plus d’embarras. Il avait aussi ses pistolets, mais il jugea prudent de n’en pas faire usage, se fiant à son énorme force personnelle, qui était vraiment plus considérable que celle d’aucun homme que j’aie jamais connu. S’emparant du bâton d’un des sauvages qui étaient tombés, il fit sauter instantanément la cervelle des trois qui restaient, et tua chacun d’un seul coup de son arme, ce qui nous rendit complètement maîtres du champ de bataille.

Ces événements s’étaient passés si rapidement que nous pouvions à peine croire à leur réalité, et nous nous tenions debout auprès des cadavres dans une espèce de contemplation stupide, quand nous fûmes rappelés à nous-mêmes par des cris retentissant dans le lointain. Il était évident que les coups de feu avaient donné l’alarme aux sauvages, et que nous étions en grand danger d’être découverts. Pour regagner la montagne il eût fallu nous diriger dans la direction des cris ; et quand même nous aurions réussi à atteindre la base, nous n’aurions pas pu