Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/265

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remonter sans être vus. Notre situation était des plus périlleuses, et nous ne savions de quel côté diriger notre fuite, quand un des sauvages sur lequel j’avais fait feu, et que je croyais mort, sauta vivement sur ses pieds et essaya de décamper. Cependant nous nous emparâmes de lui avant qu’il eût fait quelques pas, et nous allions le mettre à mort quand Peters eut l’idée qu’il y aurait peut-être quelque avantage pour nous à le contraindre à nous accompagner dans notre tentative de fuite. Nous le traînâmes donc avec nous, lui faisant bien comprendre que nous étions décidés à le tuer s’il faisait la moindre résistance. Au bout de quelques minutes il devint parfaitement docile, et se faufila à nos côtés pendant que nous poussions à travers les roches, toujours dans la direction du rivage.

Jusque-là les inégalités du terrain que nous avions parcouru avaient caché la mer à nos regards, excepté par intervalles, et quand enfin nous l’aperçûmes pleinement devant nous, elle était peut-être à une distance de deux cents yards. Comme nous surgissions à découvert dans la baie, nous vîmes, à notre grand effroi, une foule immense de naturels qui se précipitaient du village et de tous les points visibles de l’île, se dirigeant vers nous avec une gesticulation pleine de fureur, et hurlant comme des bêtes sauvages. Nous étions au moment de retourner sur nos pas et d’essayer de faire une retraite dans les abris que pouvaient nous offrir les irrégularités du terrain, quand nous découvrîmes l’avant de deux canots se projetant de derrière une grosse roche qui se continuait dans l’eau. Nous y courûmes de toute notre vi-