Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/266

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tesse, et, les ayant atteints, nous les trouvâmes non occupés, chargés seulement de trois grosses tortues galapagos et pourvus de pagaies nécessaires pour soixante rameurs. Nous prîmes immédiatement possession d’un de ces canots, et, jetant notre captif à bord, nous poussâmes au large avec toute la vigueur dont nous pouvions disposer.

Mais nous ne nous étions pas éloignés du rivage de cinquante yards que, nous trouvant un peu plus de sang-froid, nous comprîmes quelle énorme bévue nous avions commise en laissant l’autre canot au pouvoir des sauvages, qui pendant ce temps s’étaient rapprochés de la baie, ne se trouvant plus qu’à une distance double de celle qui nous en séparait, et avançaient rapidement dans leur course. Il n’y avait pas de temps à perdre. Notre espoir était un espoir chétif ; mais enfin nous n’en n’avions point d’autres. Il était douteux que, même en faisant les plus grands efforts, nous pussions arriver à temps pour nous emparer du canot avant eux ; mais, cependant, il y avait une chance. Si nous réussissions, nous pouvions nous sauver ; mais, si nous ne faisions pas la tentative, nous n’avions qu’à nous résigner à une boucherie inévitable.

Notre canot était construit de telle façon que l’avant et l’arrière se trouvaient semblables, et au lieu de virer, nous changeâmes simplement de mouvement pour ramer. Aussitôt que les sauvages s’en aperçurent, ils redoublèrent de cris et de vitesse et se rapprochèrent avec une inconcevable rapidité. Cependant nous nagions avec toute l’énergie du désespoir, et, quand nous atteignîmes le point disputé, un seul des sauvages y était arrivé. Cet