Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/267

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homme paya cher son agilité supérieure ; Peters lui déchargea un coup de pistolet dans la tête comme il touchait au rivage. Les plus avancés parmi les autres étaient peut-être à une distance de vingt ou trente pas quand nous nous emparâmes du canot. Nous nous efforçâmes d’abord de le tirer pour le mettre à flot ; mais, voyant qu’il était trop solidement échoué, et n’ayant pas de temps à perdre, Peters, d’un ou deux vigoureux coups avec la crosse du fusil, réussit à briser un bon morceau de l’avant et d’un des côtés. Alors nous poussâmes au large. Pendant ce temps, deux des naturels avaient empoigné notre bateau et refusaient obstinément de le lâcher, si bien que nous fûmes obligés de les expédier avec nos couteaux.

Pour le coup, nous étions tirés d’affaire et nous filâmes rondement sur la mer. Le gros des sauvages, en arrivant au canot brisé, poussa les plus épouvantables cris de rage et de désappointement qu’on puisse imaginer. En vérité, d’après tout ce que j’ai pu connaître de ces misérables, ils m’ont apparu comme la race la plus méchante, la plus hypocrite, la plus vindicative, la plus sanguinaire, la plus positivement diabolique qui ait jamais habité la face du globe. Il était clair que nous n’avions pas de miséricorde à espérer si nous étions tombés dans leurs mains. Ils firent une tentative insensée pour nous poursuivre avec le canot fracassé ; mais, voyant qu’il ne pouvait plus servir, ils exhalèrent de nouveau leur rage dans une série de vociférations horribles, et puis ils se précipitèrent vers leurs collines.

Nous étions donc délivrés de tout danger immédiat,