Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/268

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mais notre situation était toujours passablement sinistre. Nous savions que quatre canots de la même espèce que le nôtre avaient été, à un certain moment, en la possession des sauvages, et nous ignorions (fait qui nous fut plus tard affirmé par notre prisonnier) que deux de ces bateaux avaient été mis en pièces par l’explosion de la Jane Guy. Nous calculâmes donc que nous serions poursuivis aussitôt que nos ennemis auraient fait le tour et seraient arrivés à la baie (distante de trois milles environ) où les canots étaient ordinairement amarrés. Dans cette crainte, nous fîmes tous nos efforts pour laisser l’île derrière nous, et nous nous avançâmes rapidement en mer, forçant notre prisonnier de prendre une pagaie. Au bout d’une demi-heure à peu près, comme nous avions probablement fait cinq ou six milles vers le sud, nous vîmes une vaste flotte de radeaux et de bateaux à fond plat surgir de la baie, évidemment dans le but de nous poursuivre. Mais bientôt ils s’en retournèrent, désespérant de nous attraper.




XXV


LE GÉANT BLANC.


Nous nous trouvâmes alors sur l’Océan Antarctique, immense et désolé, à une latitude de plus de 84 degrés, dans un canot fragile, sans autres provisions que les trois tortues. De plus, nous devions considérer que le long hiver polaire n’était pas très-éloigné, et il était indispen-