Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/53

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une expression d’animosité mortelle, et je croyais à chaque instant qu’il allait m’attaquer. À la fin, je sentis que je ne pouvais pas endurer plus longtemps cette terrible situation, et je résolus de sortir de ma caisse à tout hasard et d’en finir avec lui, si une opposition de sa part rendait cette extrémité nécessaire. Il me fallait, pour fuir, passer directement sur son corps, et l’on eût dit qu’il pressentait déjà mon dessein ; — il se dressa sur ses pattes de devant, — ce que je devinai au changement de position de ses yeux, — et déploya la rangée blanche de ses crocs que je pouvais distinguer sans peine. Je pris les restes de la peau de jambon et la bouteille qui contenait la liqueur, et je les assurai bien contre moi, ainsi qu’un grand couteau de table qu’Auguste m’avait laissé ; — puis, m’enveloppant de mon paletot, serré autant que possible, je fis un mouvement vers l’ouverture de la caisse. À peine avais-je bougé, que le chien, avec un fort hurlement, s’élança à ma gorge. L’énorme poids de son corps me frappa à l’épaule droite, et je tombai violemment à gauche, pendant que l’animal enragé passait tout entier par-dessus moi. J’étais tombé sur mes genoux, ma tête ensevelie dans les couvertures, ce qui me protégeait contre les dangers d’une seconde attaque également furieuse ; car je sentais les dents aiguës qui serraient vigoureusement la laine dont mon cou se trouvait enveloppé, et qui par grand bonheur se trouvaient impuissantes à en pénétrer tous les plis. J’étais alors placé sous l’animal, et en peu d’instants je devais me trouver complètement en son pouvoir. Le désespoir me donna de la vigueur ; je me relevai violemment, repoussant le chien loin de moi par la simple énergie de